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#Atelier574 – « Voyage au cœur du Darknet » par Jean-Philippe Rennard

Que sont les darknets ? Comment fonctionnent-ils ? Qui sont leurs utilisateurs ? Dans cette conférence au « 574 », Jean-Philippe Rennard définit les darknets et va au-delà des mythes associés à son utilisation. Bien plus qu’un outil dédié aux activités illégales, le darknet est un moyen de préserver un anonymat nécessaire à la démocratie.

Publié le 27/03/2019 par La Rédaction
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Qui ?

Jean-Philippe Rennard est économiste, informaticien et Professeur à Grenoble Ecole de Management. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « Darknet. Mythes et réalités » aux éditions Ellipses (2018).

Où ?

Au 574, le siège parisien de la Direction Générale e.SNCF situé à Saint-Denis (93), soit à environ 6625 kilomètres d’Abou Dhabi, où l’avion propulsé à énergie solaire, Solar Impulse, a achevé son tour du monde le 26 juillet 2016.

Quand ?

Jeudi 21 mars 2019, soit 50 ans jour pour jour après la fondation de Konami, la célèbre société japonaise de développement et d'édition de jeux vidéo.

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Quelle définition pour le Darknet ?

Les premières définitions académiques du darknet remontent au début des années 2000. Biddle, en 2003, définit le darknet comme « un ensemble de réseaux et de technologies pour partager du contenu numérique. Le darknet n’est pas un réseau physiquement distinct, mais bien des protocoles de transmission qui fonctionnent au sein des réseaux existants». En 2009, Mansfield-Devine suppose « l’usage de l’infrastructure internet, l’existence d’un protocole spécifique qui permet la constitution d’un sous-réseau et une architecture décentralisée de type pair-à-pair ».

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Le darknet est donc un usage particulier du réseau internet : on va se greffer sur celui-ci et on va l’utiliser de manière spécifique. « Les darknets, de manière générale, sont des réseaux ‘pair-à-pair’, où l’ensemble des ordinateurs connectés jouent aussi bien le rôle de client que le rôle de serveur. C’est important pour la problématique de l’anonymat », explique Jean-Philippe Rennard. « Ce qui caractérise les darknets, ce n’est pas la dimension technique, mais la dimension sociale : c’est l’usage que l’on fait de ses outils. Socialement, ce qui distingue le darknet de l’internet ouvert, c’est la quête de l’anonymat », ajoute-t-il.

Comment ça marche ?

Le darknet comprend deux types de technologie. La première est une technologie de cryptographie, qui permet d’échanger de manière confidentielle. Elle permet de chiffrer les communications et donc d’en cacher les origines. La deuxième est l’utilisation de relais. « Si j’utilise un darknet, ma connexion ne va pas aller directement sur le serveur demandé, elle va passer par un ensemble de relais intermédiaires qui ont pour fonction de dissimuler l’origine de la connexion», développe-t-il.

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Les principaux Darknets

Le premier grand réseau darknet est Tor. Il a été développé par l’armée américaine à la fin des années 1990, pour permettre aux militaires de communiquer de manière confidentielle et anonyme. Il a été repris par l’EFF en 2004. Le budget du projet Tor est de 3,5 millions de dollars, dont 80% qui provient des contribuables américains via les grandes associations de protection des libertés, de certains ministères… Il compte 2 millions d’utilisateurs par jour dans le monde.

Le second grand réseau mondial est Freenet. Il a été développé en 1999 dans un but politique. Il s’agissait de se préserver de la surveillance de masse.

Il existe actuellement tout un écosystème de darknets que l’on compte par dizaine : I2P, GNUnet, Retroshare, PGP/GPG, Bitmessage, OTR, Telegram, Chatsecure, ou encore Alrawi.

Le Darknet : pour quoi faire ?

  • Un outil au service des milieux interlopes :

Le darknet est un abri pour toutes sortes d’activités illégales, telles que marchés noirs de la drogue, la vente d’armes, les tueurs à gage, la propagande, le complotisme, la pédopornographie…

  • Un outil de lutte contre l’espionnage économique

« Les darknets sont aussi utilisés par les entreprises, car l’espionnage économique est omniprésent», explique Jean-Philippe Rennard. Le darknet présente l’avantage d’être gratuit et open-source. « Si je suis une start-up technologique, qui doit protéger son savoir-faire et sa technologie, le darknet va me permettre de protéger mes échanges. C’est un usage qui commence à se diffuser », précise-t-il.

  • Un outil au service de la liberté

« Le darknet permet la protection de l’information et la liberté des informations. Les systèmes qui permettent de dénoncer des activités illégales passent par le darknet. Si vous voulez envoyer des documents à Wikileaks, vous allez passer par Tor », explique-t-il.

Toutes les grandes plateformes de presse, telles que Mediapart, le NYTimes, le Washington Post, The Guardian, ont maintenant un système de leaks comme SecureDrop. Cela permet à tous de déposer des documents en passant par le darknet, pour rester anonyme.

Les principaux supporters du darknet sont les grandes agences de presse. Reporters sans frontières met à disposition des journalistes de guerre et des journalistes d’investigation un kit de survie numérique composé d’outils pour accéder au darknet.

Il permet également la diffusion de l’information en situation de guerre. On met en place, pour la population et pour les dissidents, des outils d’accès au darknet pour diffuser l’information.

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Le darknet est également utilisé par certains pour se protéger du ciblage trop précis par les services marketing. « Depuis 2001, il y a un recul majeur de la démocratie : les services américains ont mis en place un service de surveillance de masse. Tout ce que vous faites sur internet est récolté par la NSA. Nous sommes surveillés et évalués en permanence. C’est le système de surveillance de masse qui permet théoriquement de nous protéger des attentats terroristes. Or, l’inefficacité totale de ce système a clairement été démontrée. Et pourtant pour la première fois depuis le début de l’histoire de l’humanité, les états ont la possibilité de surveiller l’ensemble de la population. Cela confère une capacité de pression face aux autorités. C’est de cela dont le darknet peut nous protéger », explique-t-il.

« L’important, ce sera peut-être de créer des vacuoles de non-communication, des interrupteurs pour échapper au contrôle », disait Deleuze en 1990. Le darknet peut servir à cela. « Plus de 90% du darknet est utilisé pour se protéger, et en ce sens, le darknet devrait s’appeler freenet », conclut Jean-Philippe Rennard.

Punchlines

  • « Ce qui caractérise les darknets, ce n’est pas la dimension technique mais la dimension sociale, c’est l’usage que l’on fait de ses outils. Socialement, ce qui distingue le darknet de l’internet ouvert, c’est la quête de l’anonymat. »

  • « Les darknets sont aussi utilisés par les entreprises, car l’espionnage économique est omniprésent. »

  • « Le darknet permet la protection de l’information et la liberté des informations. »

  • « Plus de 90% du darknet est utilisé pour se protéger. En ce sens le darknet devrait s’appeler freenet. »

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Commentaires

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B
Replay de l'atelier ?
BP, 28/03/2019

Bonjour, Y a-t-il quelque part un lien vers la vidéo de cet atelier pour ceux qui n'ont pas pu s'y rendre ? Merci !

TM
Bonjour voici un lien pour y
TRUJILLO Maxime, 28/03/2019

Bonjour voici un lien pour y accéder depuis le réseau social d’entreprise https://www.yammer.com/sncf.fr/threads/70303079055360

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