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Conf’574 – « Cahier de tendances Netexplo 2021 : où en est le digital mondial ? » par Sylvain Louradour

Dans cette conférence au « 574 », Sylvain Louradour revient sur l’édition 2021 du Forum Innovation de Netexplo en partenariat avec l’UNESCO, qui s’est tenu le 14 avril 2021. Il expose ainsi les grandes tendances 2021 de l’innovation.

par La Rédaction
sylvain louradour netexplo

Qui ?

Sylvain Louradour est le directeur de création chez Netexplo Observatory, observatoire de l’innovation digitale, fondé en 2007. Cet observatoire étudie les impacts de l’innovation numérique et les nouveaux usages digitaux à l’échelle mondiale.

Où ?

Au 574, le siège parisien de SNCF Digital situé à Saint-Denis (93), soit à environ 540 kilomètres de Genève, en Suisse, où se déroule chaque année, depuis 1972, le Salon international des inventions.

Quand ?

Mercredi 5 mai 2021, soit 103 ans jour pour jour après la naissance de Karl Marx, philosophe, théoricien, économiste et homme politique allemand.

Netexplo est un observatoire et une captation internationale sur tous les continents et dans tous les secteurs. Ce réseau est constitué de très grandes universités partout dans le monde (Oxford, Stanford, Berkeley…), qui permet de remonter, grâce aux chercheurs et étudiants du réseau, 2000 innovations par an. « Netexplo a une vision humaniste de la Tech, voilà pourquoi nous avons noué un partenariat avec l’UNESCO depuis 2011 » introduit Sylvain Louradour. Ainsi, les problématiques d’éducation de culture, d’inclusion, intéresse beaucoup Netexplo. « Le mode d’emploi est simple, 2000 innovations ont été captées en 2020-2021, sur lesquelles nous en avons sélectionné 100, et à partir de celles-ci, nous constituons les tendances, ce que nous appelons « The New Now » » ajoute-t-il.

L’humain est-il le seul objet prévisible dans un monde incertain ?

a. Prévoir

prédiction données

Credit : Carlos Muza

Cette année a été une année particulière qui rend la projection impossible, il faut donc se concentrer sur le présent.

Pourtant, prévoir, c’est contrôler le futur, et vient alors une première innovation : Lilia, qui permet aux femmes de reprendre la main sur leur horloge biologique. Elle se présente comme le concierge de congélation des ovocytes, ce qui permet aux femmes de choisir le moment où elles voudront enfanter.

Prévoir, c’est aussi vouloir éviter l’accident. AI Alzheimer’s screening, une innovation japonaise, permet de prévoir cette maladie seulement par une lecture du visage.

Prévoir au plus intime, avec l’innovation britannique Alphafold 2 qui s’intéresse à la structure des protéines. Cette innovation fait gagner 50 ans à la recherche médicale et promet des avancées très remarquées sur des maladies comme Alzheimer.

Prévoir sur les mers, avec AI Plastic Pollution Spotting, qui a été créé au Royaume-Uni. Cette IA est capable de distinguer les déchets plastiques des algues et de l’écume, ce qui permet de prévoir les déplacements des déchets plastique à la surface de la mer et donc d’aider à la dépollution. Pour appliquer cette même méthode sous la surface de la mer, Tidal (États-Unis) applique cette reconnaissance faciale aux poissons, ce qui permet de définir des zones de pêche durable à l’échelle mondiale.

Prévoir sur terre également, avec Minéral Plant (États-Unis) qui a créé un robot permettant des cultures durables utilisant moins d’eau et moins d’engrais, grâce à une analyse du sol, des espèces, ou encore des besoins d’eau.

Enfin, prévoir pour sensibiliser, grâce à Visualizing Climate Change (Canada) qui permet de se projeter dans le futur. Ce moteur de recherche permet d’entrer son adresse afin d’avoir une simulation 3D de votre rue submergée par la montée des eaux.

b. L’IA

Le génie de l’IA, c’est MuZero (États-Unis), qui est capable de battre des champions du monde au jeu d’échecs et au jeu de Go, sans jamais avoir lu les règles du jeu ni même vu une seule partie.

L’insoutenable naïveté de l’IA, c’est-à-dire qu’aujourd’hui l’IA est extrêmement naïve et n’est capable de reconnaître un chat que si on lui montre des milliers de photos de chats, et malgré cela, elle est faillible et peut confondre un chat avec un écureuil par exemple. Il faut donc tout expliquer à l’IA, ce qui pose parfois des problèmes. Par exemple, l’université de Washington a mis au point une IA pour préconiser des traitements contre les cancers. Cette IA a été arrêtée, car elle préconisait des traitements qui mettaient en péril la vie des patients.

Dans le domaine militaire, le département de la défense américain a mis au point le projet Pride pour tenter, grâce à l’IA, de connaître les émotions du camp ennemi pour fournir ainsi des aides à la décision aux états-majors. Même si l’humain, dans ces deux cas, a la décision finale, il peut être biaisé par la superpuissance de l’IA et donc baser sa décision sur ces informations. « C’est là où l’IA est un problème, car la prévision peut forcer des décisions, c’est comme si l’IA proposait un futur prêt-à-l’emploi, elle propose un scénario et comme elle est ultra puissante, nous avons tendance à croire ce scénario et finalement à le suivre. On abolit ainsi notre esprit critique et notre pouvoir de décision. » détaille Sylvain Louradour.

Souvent l’IA possède un design rassurant, afin de modérer ce côté parfois inquiétant. Ballie (Corée du Sud) est un robot qui ressemble à une grande balle de tennis, qui roule de pièce en pièce et commande les autres appareils de la maison (ouverture des rideaux, musique…). Comme il fonctionne via le deep learning, plus il est à vos côtés, plus il apprend de votre personnalité, de vos habitudes, plus il peut anticiper vos désirs.

M-Spray (Hong Kong), quant à lui, est un spray magnétique qui permet de transformer des petits objets inertes en robots programmables capables de se déplacer. Par exemple, on pourrait faire déplacer un petit objet à l’intérieur du corps humain pour aller y déposer un médicament au bon endroit. Et comme le spray est biodégradable, le robot peut se dissoudre à l’intérieur du corps une fois sa mission accomplie.

Dépasser la battle IA/humains

Trois biais rendent cette comparaison complètement stérile, parce qu’elle empêche de penser l’IA pour ce qu’elle est. L’intelligence n’est qu’une des composantes de la personnalité, il n’existe pas d’esprit critique artificiel, de volonté artificielle ou d’humour artificiel. « Ensuite, nous jouons un peu à nous faire peur en plaçant le duel sur un terrain de jeu humain : c’est le syndrome de la mouette, c’est-à-dire que personne n’aura l’idée de se jeter d’une falaise à côté d’une mouette pour savoir qui vole le mieux » détaille-t-il.

Enfin, troisième biais, l’intelligence est un mot galvaudé par paresse et anthropomorphisme facile. On pourrait donc s’amuser à renommer l’IA. On pourrait l’appeler Algorithme Interactif et dire que c’est un algorithme qui agit constamment avec les données dont il est nourri. Par exemple, au Togo, Give Directly Togo est une innovation qui permet de cibler les personnes les plus démunies de façon automatique. C’est un algorithme qui détermine ses objectifs selon des critères de comportement téléphonique à qui les aides financières doivent être adressées.

Enfin, on pourrait aussi appeler AI, Assistant Infini. L’AI peut nous aider dans tous les champs de la vie en utilisant sa surpuissance de calcul. Trois exemples : Bisu Body Coach (Japon) est un test d’urine ultra-perfectionné, qui, à partir des données recueillies, vous coache en termes de santé, de comportement et de nutrition. Ideas AI (États-Unis) est un moteur qui fabrique des idées de start-up à flux tendu toutes les 30 secondes. Ainenne (Japon) est un assistant parental qui a été nourri par les cris de 150 000 bébés dans 150 pays différents et à l’arrivée, il est capable de traduire les cris de votre bébé en « J’ai faim », « Je veux dormir » etc.

Pourquoi l’IA n’a-t-elle pas prévu la pandémie ?

En réalité, cette pandémie n’a pas été anticipée, mais elle a été prévue. Du côté humain, on a fait trop confiance à l’IA, or elle ne peut pas tout faire, étant plus adaptée à des missions très précises. Par exemple, Cough Scrutinizing (États-Unis) permet grâce au son d’une simple toux de déceler si une personne est atteinte du Covid ou non. Autre exemple, Team Discovery (Hongrie) est une paire de lunettes à 21 euros qui permet de monitorer des patients chez eux.

Le paradoxe de la prévision

« La prévision procure un confort qui désarme nos capacités de créativité, de réactivité et de spontanéité. De plus, la situation prévue n’arrive jamais comme envisagée. Pourquoi ? Parce que la prévision est un modèle partiel et dépassé dès sa conception, car trop parfait » explique Sylvain. « Le modèle statistique présente donc des limites, car il chasse de nos vie l’imprévu et l’incertitude, or accepter l’incertitude c’est accueillir différents possibles » ajoute-t-il.

Des mondes à la demande : penser le futur comme plusieurs mondes en superposition

Comment penser la complexité ? Peut-être en ne pensant pas un seul futur mais plusieurs futurs. « Plutôt qu’un futur unique, univoque, tissé des bribes du passé que sont les datas, envisageons un monde de futurs multiples, superposés » déclare l’expert.

C’est une métaphore empruntée au quantique. En physique quantique, une particule peut être dans plusieurs états au même moment. « C’est une métaphore intéressante pour penser la complexité du monde, pour explorer le rôle de la Tech dans la création de ces mondes et pour observer la dérive des continents idéologiques » ajoute-t-il.

a. De temps d’écran en temps d’écran

smartphone

Credit : Adrien on Unsplash

La crise a accéléré l’utilisation des écrans dans toutes les catégories de populations. L’une des conséquences est qu’une partie de notre personnalité passe par l’image que nous ne donnons de nous à travers ces écrans, c’est une représentation de nous-mêmes.

Portl, une invention américaine, est une cabine à hologramme hyper réaliste (image 4K, son HD). Vous pouvez vous projeter dans une réunion familiale ou professionnelle dans plusieurs endroits en même temps et interagir en 3D avec les personnes dans la pièce.

Ensuite, Lego a lancé Vidyo (Danemark), un espace social dédié aux enfants, qui va leur permettre de changer leur apparence, de changer leur décor, de tourner des clips et d’interagir avec leurs amis. « C’est une créativité finalement illusoire, car dans chaque application, vous avez un nombre restreint d’emojis, d’images… Quand on pense être créatif, en réalité on subit les codes que d’autres ont pensé pour nous. » détaille-t-il. Pour illustrer ce paradis artificiel, voici un exemple d’innovation japonaise, Osampo Kanojo, qui est sensée combattre la solitude. Le principe est une main que vous agrippez à la texture imitant celle de la peau humaine. Elle est capable de transpirer, d’émettre un parfum et aussi des bruits de pas.

Pour l’expert, selon le nombre de plateformes utilisées, cela crée chez nous une hyper-personnalité, car on n’interagit pas de la même manière sur Twitter que sur LinkedIn par exemple. Cette hyper-personnalité est peut-être plus riche et dense que la personnalité de la vie réelle, car les inhibitions sont levées. Ce côté fragmenté est encore augmenté lorsqu’on parle de communauté. Par exemple, si on est « platiste », les algorithmes vont pousser les informations platistes, ce qui fait que toutes les interactions sont faites avec des personnes ayant les mêmes convictions.

« La contradiction est donc sortie du monde. Là où avant quand on avait une opinion alternative, on avait conscience d’être une partie d’un tout, maintenant chacune des parties a l’impression d’être le tout. » explique Sylvain. « Ce problème-là nous fait aborder les fake news, qui de plus en plus nous apparaissent comme un monde parallèle. Certaines personnes peuvent vivre intégralement dans les fake news, selon leurs opinions, leurs croyances… » ajoute-t-il. Il existe différents moyens de combattre les fausses informations. Par exemple, Twitter Bot Detection (États-Unis) permet de les détecter sur Twitter. De même, Fakecatcher (États-Unis) permet de détecter les deep fakes, en décelant les micro-changements de couleur de peau invisibles à l’œil nu sur les vraies vidéos, mais absents des deep fakes.

b. Un monde bien réel

« Ce monde virtuel est pourtant bien réel, car il nous prend du vrai temps, il permet de faire de vraies interactions… Pour le décrire, on peut dire que c’est une couche Tech superposée au monde réel et nous en proposons un nouveau nom : la phantasphère, car c’est surtout notre esprit qui est engagé par notre imagination et nos fantasmes » explique-t-il.

Dans cette phantasphère, il existe beaucoup de choses comme par exemple les NFT, c’est-à-dire une œuvre d’art qui grâce à un certificat est devenue unique. Il y a aussi les jeux vidéo, qui pour nous, peuvent être le début de quelque chose d’intéressant, mais pourquoi ? Parce qu’au fur et à mesure, des fonctionnalités peuvent être ajoutées comme une messagerie, des vidéos… Donc peu à peu, on passe d’un jeu vidéo à un espace social, puis même à un nouvel internet. A partir de là, pourquoi pas un internet par génération ? « Nous sommes à la porte d’avoir plusieurs internets affinitaires et catégoriels » affirme-t-il.

Des hypothèses nous permettent de voir que cela pourrait fonctionner. « Par exemple, Reporters sans frontières a construit, au sein de Minecraft, une bibliothèque virtuelle regroupant des articles écrits par des journalistes, qui ont été exilés, emprisonnés ou tués dans des pays à régimes autoritaires. Donc le seul endroit au monde où la liberté n’est pas bafouée dans des pays autoritaires, c’est un jeu » détaille Sylvain.

Evidemment dans cette phantasphère, il faudra créer des doubles de nous hyper réalistes, comme cette présentatrice de JT en Chine, Xin Wiaowei, ou ce générateur d’êtres numériques, Real Human Engine aux États-Unis.

c. De corps et d’esprit

« Dans cette phantasphère, notre esprit est engagé, mais aussi notre corps, car nos sens peuvent être stimulés » explique l’expert. L’innovation japonaise Norimaki permet ainsi de recréer des goûts qui existent, mais aussi créer des goûts qui n’existent pas, grâce à un écran à lécher. « C’est là où l’on voit que cette phantasphère peut être plus riche et excitante que la vie réelle » dit-il.

On peut aussi imaginer un monde totalement audio, en mixant par exemple Clubhouse (États-Unis), Sound Beamer (Israël) et Bracelet of Silence (États-Unis). Et puis, une tendance qui a beaucoup intéressé Netexplo, c’est l’IA qui se tourne vers le passé plutôt que l’avenir. Neural Deciphering (États-Unis) déchiffre des langues anciennes et fait revivre des civilisations perdues. Odeuropa est, quant à lui, un projet européen pour recréer des odeurs du passé. Dastaan en Inde vise à réconcilier des religions et des peuples grâce à la réalité virtuelle. Idem, le grand prix Netexplo 2021, Smashboard (Inde) est un réseau social alternatif qui offre aux femmes victimes de violences une communauté, avec des points de rencontre physiques mais aussi des solutions technologiques comme la sécurisation des témoignages par la Blockchain. « On voit ainsi que ces mondes superposés au monde réel peuvent agir de manière positive » explique-t-il.

d. L’expansion de l’univers

« Le pendant négatif à cela est que tous ces mondes superposés s’éloignent les uns des autres et qu’on ne reviendra pas à un monde unifié, qui est un peu l’utopie originelle du web » déclare-t-il. Comment relier alors ces mondes entre eux ? On s’inspire du kintsugi, une technique japonaise pour réparer les objets non pas en cachant les failles, mais en les mettant en valeur avec de l’or.

« Hope in translation » : aller capter ces intelligences dans ces mondes autarciques

realité virtuelle

Credit : Unsplash

Comment tisser des liens entre ces dérives idéologiques ? La première façon est de créer une culture commune avec, par exemple, des survivants de la Shoah qui sont enregistrés sous forme d’hologrammes, pour qu’ils puissent discuter de manière holographique avec un public après leur disparition : c’est le projet New Dimensions of Testimony aux États-Unis.

L’open-source est une autre façon de relier les continents. GPT Neo est un collectif de hackers positifs qui ont créé un jumeau de GPT 3 (Microsoft) pour le mettre à disposition de tous. Data 4 Black Lives plaide quant à lui pour que les datas soient utilisées par ceux qui en ont besoin pour défendre leur cause.

« La traduction est également un lien entre les mondes différents, car le langage est une composante essentielle de l’identité » explique Sylvain. Manga Engine Japan traduit ainsi instantanément les bulles des mangas du japonais vers l’anglais.

Mais surtout ce qui est intéressant, c’est quand la traduction favorise l’inclusion. GN Code (Guinée) part du principe que les 2000 langues parlées en Afrique ne sont pas reconnues par les assistants vocaux comme Siri ou Alexa, et a donc résolu le problème en créant un assistant vocal qui comprend ces langues. De son côté, Singan (Royaume-Uni) a créé un avatar 3D pour la langue des signes.

Une autre façon d’établir des liens est d’avoir conscience de ce qu’il se passe à l’autre bout du monde. Rift, en France, a créé une application qui permet de savoir si vos investissements financiers sont compatibles avec vos engagements en termes de droits de l’homme ou de développement durable par exemple. ReGrow, au Népal, permet à des femmes propriétaires d’exploitations agricoles d’accéder à des micro-crédits via un système tout simple de SMS.

Enfin, le biomimétisme est le premier pas vers l’hybridation qui est aussi un moyen de relier des mondes entre eux. Antbot, en France, est un robot capable de se déplacer sans GPS, qui a été inspiré par la fourmi du désert.

Cervyx Artificial Neurons (Royaume-Uni) est une puce implantée dans le cerveau, qui imite le neurone responsable du battement du cœur et ainsi stimule le rythme cardiaque. Growing Plants (Russie) est une innovation qui permet d’illuminer des plantes pour éclairer une pièce. Augmented Jellyfish (États-Unis) est une méduse qui possède un boitier pour lui permettre de nager trois fois plus vite, afin d’aller explorer et cartographier des océans. Dans un futur proche, les champs d’exploration pour Netexplo sont vastes, de l’espace au quantique…

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