Site sncf.com
Digital SNCF est un site de SNCF

Demain, serons-nous tous et toutes « augmenté.e.s » ?


bcg_ico-sept2016_11

La relation homme-machine revêt une approche collaborative d’un nouveau genre : l’humain augmenté, ou assisté. Un concept aux enjeux industriels, toujours à ses débuts mais appelé à se développer, notamment au sein de SNCF. Pour un avenir meilleur ? Avis d’experts et d’expertes.

« Nous ne parlons pas d’humain augmenté mais plutôt d’un humain préservé, assisté physiquement (…) pour effectuer des tâches physiquement contraignantes ». C’est ce qu’explique Yonnel Giovanelli, responsable du pôle ergonomie et facteurs organisationnels et humains à la Direction du Matériel de SNCF Mobilités, à propos de l’assistance technologique des agents et agentes au sein du Groupe ferroviaire.

Devant cette transformation qui s’annonce, « il est impératif de repenser le travail dans sa globalité en se posant des questions cruciales sur l’organisation, le collectif, ou le sens du travail… ». La technologie au service de l’humain : un débat vieux comme la première révolution industrielle, au XIXe siècle, et qui prend à nouveau une certaine ampleur aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’humain assisté ?

Pour Maxime Derian, Docteur en sociologie, chercheur en anthropologie des techniques et de la santé, et auteur de « Les prothèses cognitives du corps humain »(à paraître chez Iste Editions) : « Un humain assisté par un dispositif externe, comme l'exosquelette ou l'ordinateur permettant de traiter une quantité immense de données en peu de temps est une forme que peut prendre l'humain augmenté parmi d’autres ».

L’humain augmenté fait quant à lui partie du transhumanisme, concept qui entend, à terme, vaincre la mort grâce à la science, en agissant sur les capacités physiques et intellectuelles de l’être humain.

bcg_ico-sept2016_6

BCG - Usine du futur Paris-Saclay

bcg_ico-sept2016_6

BCG - Usine du futur Paris-Saclay

Une « science » aujourd’hui à la marge d’un rapport aux technologies d’augmentation, qui elles se développent de plus en plus dans tous les secteurs industriels, et dans chaque pan de notre société. Ainsi, un collectif de biohackers suédois organisait à Paris en 2015 la première « implant-party » et proposait aux participant.e.s de se faire greffer une puce dans le bras afin par exemple, d’effectuer un paiement sans contact ou d’activer une machine. Par ailleurs, IBM, l’un des géants technologiques spécialistes de l’intelligence artificielle, préfère par exemple utiliser le terme « d’intelligence augmentée » afin de replacer la machine dans son rôle premier d’outil au service de l’humain. Des exemples parmi tant d’autres.

C’est pourquoi l'humain assisté ou augmenté n’est pas forcément l'expression d’un transhumanisme, car quelque part, le phénomène nous concerne tous et toutes : « Le transhumanisme apparaît comme avant tout conçu par et pour une certaine élite. Il vise à accorder un accroissement de pouvoir, de santé ou de longévité. Ces trois facteurs ne sont pas des effets dont vont bénéficier tous les salarié.e.s utilisant des outils d'augmentation de leur productivité ou de leur efficacité au travail », ajoute Maxime Derian.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Que ce soit une poubelle-robot ou une machine autonome capable d’inspecter le dessous des trains, SNCF a déjà fait entrer la robotique dans sa vie quotidienne. Qu'en est-il des "cobots" ? Ces éléments technologiques ne fonctionnent pas de manière autonome mais collaborative avec les humains dans leur travail au quotidien. D'où la première syllabe de leur nom.

Faciles à programmer, d'un simple geste, ils peuvent apprendre et répéter instantanément tout en obéissant littéralement au doigt et à l'œil. Quand ils ne « l'augmentent » pas justement, cet œil ou toute autre partie de notre corps. C'est le cas par exemple des exosquelettes, ces machines qui se portent comme des vêtements et permettent d'économiser son dos, ou de décupler ses forces pour soulever des charges lourdes.

À la Direction du Matériel de SNCF Mobilités, ce modèle d’assistance humaine par la cobotique et les Nouvelles Technologies d’Assistance Physique (NTAP) est en train de s’implanter. En technicentre, en plus des exosquelettes, des tests sont déjà en cours dans le cadre d’un projet d’intégration d’un robot d’assistance physique pour le ponçage de pièces déposées.

Loin de l’intelligence artificielle d’un chatbot, les instruments de cobotique ont une réelle fonction de production. Et même s’ils sont souvent connectés, ils ne remplissent pas le même objectif d’aide ou de sécurité que peuvent proposer d’autres équipements, comme les lunettes ou chaussures pour agent.e.s, actuellement en test à la direction du Matériel.

isybot

Avantages, enjeux et perspectives

Déjà intégrée à certaines industries comme l’automobile, l’agro-alimentaire ou l’aviation, sur l’ensemble de la chaine de valeur (production, logistique…), « la part de la cobotique reste très faible à ce jour », tempère Moundir Rachidi, Directeur associé au BCG Paris, Responsable du centre d’expertise Opérations, et à la tête du projet ICO, l’Innovation Center for Operations, une usine pilote située sur le plateau de Saclay. L’objectif de ce site : accélérer la transformation de l’industrie française vers « l’industrie 4.0 » qui regroupe cobotique, réalité augmentée, fabrication additive, impression 3D, intelligence artificielle ou encore maquette numérique.

L’intégration de la cobotique devrait toutefois s’accélérer dans les dix prochaines années, ajoute Moundir Rachidi. Un intérêt pour les salarié.es. comme pour leur employeur : « L’objectif des industriels est d’améliorer la charge ergonomique des opérateurs et opératrices, aller plus vite et remplacer les tâches à faible valeur ajoutée par les cobots ».

Si la cobotique reste une technologie encore balbutiante, elle devrait néanmoins rapidement trouver sa place au cœur de la production. Une tendance confirmée par Yonnel Giovanelli de SNCF Mobilités, également expert AFNOR au sein de la commission Ergonomie : « Actuellement, le foisonnement de nouveautés peut déstabiliser. C’est un domaine en plein essor qui occupera une réelle place dans le monde du travail ».

Selon le BCG, les avantages de la cobotique sont nombreux. « L’humain augmenté permet de mieux gérer la complexité. Grâce à la réalité augmentée et aux capteurs, les opérateurs et opératrices peuvent bénéficier d’une multitude d’informations au bon moment », explique Moundir Rachidi.

Ces derniers et dernières sont davantage impliqué.e.s, poursuit-il : « Alors qu’ils devaient faire appel à un.e roboticien.ne ou à un.e technicien.ne, ils peuvent à présent programmer eux-mêmes le robot collaboratif avec lequel ils travaillent. À travers l’auto-évaluation en temps réel, les logiciels peuvent permettre à l’opérateur ou à l’opératrice de s’auto-améliorer sans intrusion du manager ».

Ces technologies permettent également de gagner en souplesse : « L’obtention d’informations et d’instructions en temps réel permet de gagner du temps, d’augmenter la productivité tout en supprimant le papier. Lors d’une procédure de maintenance, la tablette peut ainsi guider les opérateurs et opératrices pas à pas et participer à leur formation. La connexion instantanée à des opérateurs et opératrices internes comme à des personnes extérieures (fournisseurs par exemple) permet de faciliter la communication entre les différentes parties prenantes. Elle implique plus de transparence et un accès à l’expertise facilité ».

Ce genre de technologies, comme Sightcall ou XpertEye, est déjà en test sur les agents et agentes connecté.e.s de demain, à la Direction du Matériel de SNCF Mobilités.

Enfin, note Moundir Rachidi, « on observe une réduction conséquente des accidents et troubles musculo-squelettiques (TMS). La charge physique et cognitive est réduite, ce qui participe au bien-être des personnes. En se concentrant sur la valeur-ajoutée que peut procurer l’humain, ces technologies ne robotisent pas les individus mais permettent de mieux exécuter les tâches et de résoudre les problèmes plus facilement ».

Et demain ?

Selon les études du BCG, l’automatisation ne concerne aujourd’hui que 10% des tâches industrielles. Une part qui devrait augmenter à 25% d’ici 10 ans, avec des gains en flexibilité grâce à des temps de changements et montée en cadence réduits de 20% à 50%, et des gains de productivité estimés à + 15 à 20%. Alors, quels seraient les obstacles à un tel développement ?

« Pour tirer profit de cette transformation, les normes et législations doivent s’adapter aux nouvelles technologies afin de permettre et encourager leur essor », répond d’abord le Directeur associé du BCG Paris.

bcg_ico-sept2016_3

BCG - Usine du futur Paris-Saclay

bcg_ico-sept2016_3

BCG - Usine du futur Paris-Saclay

En effet, en termes de droit du travail, le corps humain est déjà au cœur d’un paradoxe, comme le souligne Emmanuelle Mazuyer, Directrice de recherche CNRS et spécialiste de droit social européen et comparé, dans La Revue des Droits de l’Homme : « Le corps du travailleur ou de la travailleuse est à la fois l’objet de la prestation de travail et l’objet de la protection du droit. (…) La protection de ce corps au travail fut à l’origine de la création même du droit du travail et de nombreuses normes européennes ou internationales. »

Le sujet est évoqué depuis l’aube de la taylorisation et des films de Chaplin. « Nous ne sommes pas des robots non plus ! », met en garde le sociologue Maxime Derain. « Pour un travailleur ou une travailleuse, il peut être est insupportable de se sentir téléguidé.e par un outil trop dirigiste. Face à un trop grand challenge en termes de rythmicité, nous ne pourrons pas tenir la cadence, c’est certain. Une voiture pilotée avec le pied écrasant en permanence la pédale d’accélérateur au maximum ne peut pas aller très loin… ».

Formation, motivation, agilité face à la concurrence… L’humain assisté est avant tout un humain. L’évolution de sa sureté au sein de la cobotique repose sur lui, et c’est l’affaire de tout un chacun. Un avis partagé par Moundir Rachidi (« La technologie correspond à 1% du challenge, les 99% autres sont dans l’humain ») et au sein de SNCF, par la voix de Yonnel Giovanelli : « L’intégration des Robots d’Assistance Physique nécessite que les agent.e.s et l’ensemble des acteurs et actrices concerné.e.s soient associé.e.s tout au long du projet. La prise en compte des Facteurs Organisationnels et Humains (FOH) est la clé de voûte de la démarche ».

Photo de Une - BCG - Usine du futur Paris-Saclay

Commentaires

S’enregistrer et se connecter