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#PortraitRobot – Sandrine Cathelat


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Pour une femme comme Sandrine Cathelat, le quotidien est littéralement noyé par les idées les plus créatives de notre ère digitalisée. Directrice de la recherche chez Netexplo, observatoire parisien qui étudie l’impact du digital sur la société et les entreprises, elle s’est immergée dans les innovations du monde entier pour nous prévenir des tendances technologiques les plus importantes de 2018. « On a vu cette année s’amplifier les innovations d’interfaces plus dématérialisées, d’algorithmes plus décideurs, d’IA plus stratèges, en concurrence plus évidente avec l’Homo sapiens », résume-t-elle dans son rapport d’étude publié février dernier. Comment vit-elle le digital ? Quel est donc le futur de l’Homo sapiens ? Interview.

Quel est votre premier geste digital le matin ?

Sandrine Cathelat : Oh mon portable ! Pour des choses très pragmatiques, la météo, les mails… Puis j’écoute Franceinfo ou Radio Nova avec, pendant le petit-déjeuner.

Si vous aviez un assistant virtuel ou un robot, à quoi vous servirait-il ?

S. C. : À rien ! En Occident, les robots sont uniquement pensés de manière utilitaire, « il faut qu’il serve à quelque chose »... Je crois que si j’avais un robot, il serait comme un nounours, il pourrait respirer ou bouger, mais n’aurait pas de fonction « utile ». Et ça existe déjà au Japon !

Les trois applications qui ne vous quittent plus ?

S. C. : Citymapper, Instagram et Waze.

Si demain, plus d’internet. Qu’est-ce qui vous manquerait le plus ?

S. C. : Ce serait l’accès au monde qui me manquerait le plus. C’est fabuleux d’avoir, à une portée de clics, des photos, des films, des articles… Pour moi, internet est une fenêtre sur le monde, il agrandit mon espace de jeu. Je serais surement très malheureuse sans.

Quelle tâche quotidienne digitaliseriez-vous ?

S. C. : J’aimerais digitaliser tout ce qui concerne la paperasse, comme la gestion des inscriptions, des comptes bancaires… Et s’il y avait une application qui fait les demandes de visa à ma place, ce serait bien.

“Destination innovation”, où partez-vous ?

S. C. : J’aimerais bien aller en Asie, notamment au Japon et en Corée du Sud, pour bien connaître la manière dont ils envisagent les nouvelles technologies. La Chine est certes très intéressante, mais elle m’effraie beaucoup. Son développement est une marche forcée et extrêmement dirigée par des objectifs nationaux. Sinon, au Kenya ou au Chili. Nairobi et Santiago sont des plateformes d’innovation alternatives, un peu frugales, décalées, mais très multiculturelles.

Selon vous, si le digital n’avait pas existé, où en serions-nous aujourd’hui ?

S. C. : Je pense qu’on serait encore plus enfermés dans des communautés que l’on ne l’est aujourd’hui. Certes, la face sombre du digital est le conformisme, tous les modèles (utilisés sur internet et dans les applications, ndlr) sont faits pour vous rapetisser, en fournissant les informations qui correspondent bien à vos goûts, si vous n’y faites pas attention. Mais je pense que cela n’est qu’un reliquat, une phase éphémère. J’ai l’impression de voir, dans l’utilisation des applications par les plus jeunes, une certaine forme de pluralité : ils ont souvent trois ou quatre applications différentes pour un même service.

Quel visionnaire, créateur, influenceur auriez-vous aimé rencontrer ?

S. C. : Malgré tout, je suis un peu réservée face à l’intelligence artificielle. J’aurais aimé discuter avec Moustapha Cisse, un jeune africain travaillant sur l’IA chez Facebook France. C’est un fervent défenseur de l’IA, pour deux raisons : elle rend service dans l’amélioration de la vie quotidienne au continent africain ; et pour qu’elle soit vraiment bénéfique au monde, il faut qu’elle soit sans biais, neutre, et donc accessible pour tous. Discuter avec quelqu’un comme lui permettrait de faire bouger un peu ma vision. Sinon je discuterai qu’avec des romanciers ou des scénaristes, parce qu’aujourd’hui, les usages du numérique sont énormément mis en scène dans leurs œuvres.

Quel projet de SNCF lié à la digitalisation vous semble le plus emblématique ? Et vous, que feriez-vous pour aller plus loin dans la digitalisation de SNCF ?

S. C. : Le projet de digitalisation DSMAT. Au travers de mes échanges avec les équipes en 2017, j’ai senti qu’il est une vraie réussite. L’outil est très concret, pratique, simple, et entraîne une vraie mutation culturelle dans le travail quotidien des agents de maintenance. Le wifi dans le train est un autre exemple de la force de SNCF : le groupe a une ambition autour du numérique et dispose d’un écosystème interne favorable à la mise en œuvre des projets. Pour aller plus loin dans la digitalisation, Netexplo peut faire rencontrer SNCF et d’autres entreprises faisant partie de notre communauté.

Si vous aviez un super pouvoir digital, quel serait-il ?

S. C. : Le super pouvoir digital… De comprendre instantanément ce qui est en train de se passer à l’aide de l’analyse de données ? Je le trouverais trop dangereux, et ça enlèverait tout intérêt à l’aventure.

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Question Techno-Philo #1 : la crainte de l’IA, est-ce la faute de la science-fiction ou d’autres œuvres imaginaires ?

S. C. : Je pense que la perception que l’on a de l’IA et les usages que l’on en développe sont éminemment une affaire culturelle. C’est pour cela que la question de l’IA relève non pas de la technologie mais de l’humanité. Pour l’occident que je connais le mieux, cela fait quatre-vingts ans que l’on nous décrit « le futur avec les machines » comme un futur terrifiant. S’agissant de la cohabitation de l’humain avec l’IA, il n’y a pas un film, un roman, ou une série qui ne présente pas quelque chose de catastrophique. On est évidemment empreint de cette mythologie. Il existe des cultures qui envisagent l’IA complètement différemment. On cite souvent le Japon pour ce naturel avec lequel les gens vivent avec les robots – même les petits tamagotchis –. Je pense que cette peur existe dans toutes les sociétés animistes. Les religions décrivent que le Dieu a créé le monde du vivant. Alors qu’est-ce qu’on fait de l’IA, cette affaire non-organique ? On sent le poids de notre perception du monde, accumulée depuis des siècles.

Question Techno-Philo #2 : vers où va l’Homo sapiens ? Quelle sera sa place, dans le futur ?

S. C. : Si l’on se place dans la peau de quelqu’un voulant développer une IA qui proposait une solution de vie, il n’existe pas 36 manières pour y parvenir ! Il faut avoir implanté partout des capteurs, avoir cultivé chez les gens – via utilisation des applications et des petits robots – à l’habitude d’utiliser les outils numériques, et enfin, avoir imposé le « standard ». Une fois que les gens sont habitués à piloter tous les outils digitaux de manière très naturelle, il suffira d’appuyer sur un bouton, et l’Homme se reposera sur une IA qui gèrera la complexité du monde. Le problème : ce processus inconscient nous emmène vers un futur où l’on n’aura pas le droit de choisir quoi que ce soit. En réalité, on peut observer une certaine forme de réappropriation des outils chez les gens, et ils sont capables de les utiliser « à leur sauce ». C’est donc à la société de décider quelle est la chaîne de valeur appropriée pour le développement des usages des nouvelles technologies.

Pour terminer, quelle est votre définition du mot “DIGITAL” ?

S. C. : Le mot « digital » disparaîtra, non pas parce que le digital le sera, au contraire, il sera omniprésent, et ses applications deviendront tellement naturelles, au point que l’on n’aura même plus besoin de le préciser. C’est exactement le propos de l’interface zéro.

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